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dimanche 17 avril 2011

La naissance de Genesia : Ultimate Domain

Genesia version PC-DOS en 1994

Les plus passionnés ou les plus curieux d'entre vous se demandent peut-être comment pouvait naître un jeu vidéo indépendant il y a 20 ans, lorsque tout était à faire, à inventer ?

Laissez-moi vous raconter comment, un beau matin de l’année 1990, est née l’idée d’un jeu qui allait devenir l'un des meilleurs jeux de stratégie au tour par tour.

Fermez les yeux et rappelez vous. Nous sommes à la fin des années 80, c'est l'époque où deux machines viennent révolutionner le marché de l'informatique personnel : l'Atari 520ST et l'Amiga 500. Si ma passion pour les ordinateurs a commencé plus tôt, avec les ordinateurs ZX81, Oric Atmos et Amstrad CPC, c'est l'Amiga qui a vraiment révélé mon âme de créateur. 

À cette époque, les jeux sur Amiga étaient innovants, certains titres étaient même « magiques ». Rappelez-vous les jeux de la société Bullfrog : Populous, Powermonger ou la boite Cinemaware : avec The three stooges, It came from a desert, Defender of the crown

Aaaah... Defender of the crown, c'est un peu grâce à lui que l'aventure du développement de Genesia a commencé. Pour tout vous raconter, j'ai fait face à des responsabilités familiales assez tôt, j'avais 19 ans, je venais de rencontrer Corinne une charmante femme de 26 ans. Notre passion commune pour les jeux d'aventure et les jeux de stratégie nous a certainement rapprochée, durant notre temps libre nous testions des centaines de jeux sur Amiga.
À l'époque, nous étions un jeune couple et nous n'avions pas beaucoup d'argent, nous achetions les titres « incontournables » et nous pirations le reste, les jeux que de toute façon nous étions certains de ne pas acheter.
De notre point de vue, nous avions trouvé un juste équilibre entre la légalité et le piratage. Il faut dire que sans internet, avoir accès à des titres « Warez (des programmes déplombés, dont la protection a été enlevée ou contournée) » demandait beaucoup plus d'investissement qu'aujourd'hui, il fallait du temps, des contacts et surtout être passionné. 

Le problème de Defender of the crown, c'est qu'il se jouait seul et... nous étions 2 (Corinne et moi même). Nous nous sommes dit : « ça serait formidable de trouver un jeu de stratégie à la fois abordable, profond et qui se jouerait à 2 joueurs sur la même machine ».
Nous ne le savions pas encore, mais ce jour-là l’idée de Genesia était née.

Malheureusement, je n'avais pas fait de longues études liées à l'informatique et il n'existait pas de documentations qui indiquaient comment produire un jeu vidéo, pas d'internet, il fallait relever ses manches, plonger dans des bouquins écrits le plus souvent dans la langue de Shakespeare et avoir beaucoup d'imagination. 
Bref, pour prendre un raccourci, à force de nuits blanches, de nombreuses visites d'huissiers (pendant le temps de développement de Genesia, je n'étais pas payé et les dettes s’accumulaient) et des centaines de plats de pâtes plus tard, une version jouable de Genesia était prête. 
Pour être plus précis, il m'a fallu un peu plus d'un an pour produire la version de démonstration, en concevant un « game design » sommaire, le code et les graphismes.

Un extrait du Game Design de Genesia en 1991

Ensuite, le coeur plein d'espoir, j'ai envoyé la disquette de Genesia (dont le titre provisoire était « War on the land ») à plusieurs revues de jeux vidéos de l'époque : Génération 4, Tilt, Joystick... si mes souvenirs ne me font pas défaut.
Les heures, les jours, les semaines passaient, cette attente qui m'a semblé interminable a pris fin le jour ou j'ai reçu le numéro xxx de Tilt. Là, ému, des milliers d'heures d’un travail passionnant étaient enfin reconnus et récompensés par un article de Guillaume Le Pennec allias « Dogue de Mauve ». 
Le test élogieux qu'il avait fait de la version de démonstration de Genesia m'avait regonflé à bloc pour terminer le projet. Car travailler seul à la création d'un jeu vidéo n'était pas simple, même si j'avais la chance d'avoir le soutien moral de Corinne. 
Il y avait tant à faire : le design, la programmation, le débogage, les graphismes, les animations, les bruitages, les musiques.

Un extrait du Game Design de Genesia en 1991

Pour les musiques, j'ai eu la chance de rencontrer « l'ami d'un ami » : Jean Alexis Montignies, un jeune homme bourré de talents qui a composé quelques morceaux adaptés à l'ambiance du monde de Genesia.
Je n'ai malheureusement jamais eu les moyens de l'en remercier comme je l'aurais voulu, car paradoxalement, si Genesia fut un hit en terme de popularité, il en était bien autrement sur mon compte en banque. En un peu plus de 2 ans, le développement de Genesia s’est terminé et le logiciel fut édité par la société Microids.
Tout était parfait dans le meilleur des mondes, pour couronner le tout Genesia fut récompensé par le Tilt d'or 1993 du meilleur jeu de stratégie et je fus convié à l'émission de télévision Micro Kid's.


Mon 1er contrat d'auteur avec Microids en 1992

Même si Genesia est devenu le meilleur jeu de stratégie de l'époque, au côté de Civilization 1 et Settlers sur Amiga, aussi étonnant que cela puisse paraitre, je n'ai pas gagné ma vie avec Genesia. D'après les relevés de compte que Microïds me fournissait, les ventes mondiales des versions Amiga et PC n'ont même pas couvert mes 2 ans d'investissement au statut de travailleur indépendant. 
Malgré cela, j'étais heureux, un projet était né d'une passion, il fut construit avec persévérance et ténacité.

Je ne remercierai jamais assez les fans de Genesia, toutes ces personnes avec qui j'ai partagé son univers, car même si au début de sa conception il fut « mon bébé », il est devenu le leur. C'est un sentiment de joie et de fierté, que je ressens encore aujourd'hui grâce à eux. Merci mille fois.

4 commentaires:

  1. ah il était génial ton jeu Thomas !
    j'étais tout gamin et c'était mon jeu préféré sur amiga.
    j'y ai passé des heures et des heures.
    Je faisais même semblant d'être malade, pour rester à la maison et jouer à Genesia !

    D'ailleurs j'ai encore la musique gravé dans le crane.

    Au début je trouvais le jeu super dur et puis j'ai eu mes astuces (genre mettre des stocks aux 4 coins de chaque terrain avec une brouette, pour téléporter des ressources d'un bout de la carte à l'autre en 1 tour).

    j'espère que cette release marchera sur IPad, pour que tu puisses en sortir d'autres, sur android par exemple...

    est-ce que c'est le jeu d'origine, ou tu as changé quelques détails de gameplay ?

    est-ce que l'IA triche toujours ?

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  2. Héhé, merci pour les souvenirs. Si j'arrive à rentabiliser ne serait-ce que la moitié des 8 mois que j'ai passé à concevoir la version iPad, alors oui, il est tout à fait possible que j'envisage une version Android. Mais pour l'instant, il est temps de mettre un steak dans l'assiette :p

    Ce n'est pas vraiment le jeu d'origine, il y a des éléments en plus, d'autres en moins et le jeu est en constante évolution, mais comme tu peux le lire sur Gamekult.com : http://www.gamekult.com/jeux/test-genesia-les-7-joyaux-de-neort-SU00007470t.html?pf=ipad-160089 la philosophie du jeu est entièrement conservée.

    Oui, pour ajouter un peu de piment, l'IA a parfois des avantages que le joueur de base ne possède pas (mais c'est bien plus subtil que dans la version Amiga, car bientôt 20 ans se sont écoulés et l'iPad est bien plus puissant que notre vénérable Amiga / Atari ST).

    Je te souhaite une agréable soirée, merci pour le partage.

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  3. Oui je comprends...
    Franchement c'est la seule appli qui me ferait presque acheter un iPad.

    Il y a quelques mois j'avais tenter d'y rejouer avec un émulateur, mais sur nos écrans actuel ça piquait un peu les yeux.

    Il n'y a plus qu'à te faire une pub de folie, pour que tu deviennes multi millionnaire et qu'une version java/android voit le jour !

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  4. J'achete sur androïd 3.3 !!!! / bave aux lèvres

    Signé : un gros fan !!

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